La saison 2008-2009 de la Comédie de Caen
Crise de nerfs-Parlez-moi d'amour, le spectacle de Jean Lambert-wild.
Le centre dramatique national reprend des couleurs avec un calendrier plus fourni. Il conforte ses collaborations en particulier avec les Boréales.
Après la Tran(s) saison. La Comédie de Caen a dû se mettre au régime en 2007-2008, plombée qu'elle était par un déficit conjoncturel hérité de la précédente équipe. La production des « Barbares », une des têtes d'affiche du festival d'Avignon 2006, et la tournée qui a suivi y ont notamment contribué. Pour Jean Lambert-Wild, le successeur d'Eric Lacascade, le centre dramatique est « remis droit », mais son « équilibre financier reste précaire ».
Un centre européen de création et de production. C'est l'ambition de Jean Lambert-Wild pour assurer la pérennité de la Comédie de Caen, sans quoi on devrait « s'orienter vers des solutions plus hasardeuses. Les grands projets se feront avec les pays européens et nous avons une chance inespérée avec le festival des Boréales qui est reconnu dans les pays nordiques. Les propositions sont faites. Le choix appartient aux élus. »
Abonnements. Nouveauté, la Comédie de Caen ouvre ses abonnements dès le 1er juin prochain. En dépit d'une saison creuse, le nombre des abonnés est passé de 900 à 1 100, entre 2007 et 2008. Le taux de remplissage des salles se situe à 66 %. « Toutes les activités gratuites ont permis de drainer un public plus large. C'est encourageant, mais pas satisfaisant. »
Les quatre saisons. C'est désormais la marque du calendrier de la Comédie de Caen. Il est rythmé par les dates de l'automne, de l'hiver, du printemps et de l'été, prétexte à chaque fois à une fête à l'entrée libre. Elles sont successivement animées par Meriem Menant et son spectacle « Emma la Clown sous le Divan » ; Dgiz qui reviendra avec son projet mené à la Fondation de Royaumont, « Du griot au slameur » ; Patricia Nagera, maîtresse de cérémonie à la Guinguette de la Citadelle douce ; Elsa Hourcade et son « Tabularium », un travail collectif sur la mémoire de d'Hérouville.
Boréales. Au titre des partenariats, le festival des Boréales figure en bonne place. C'est au théâtre d'Hérouville qu'il présentera son édition 2008 consacrée à l'Islande. La Comédie de Caen accueillera, aux Cordes ou à Hérouville, quatre des spectacles inscrits dans sa programmation et particulièrement destinés au jeune public : « Premier chant » et « Petite histoire de bateau » (marionnettes) ; « Les Rêves de Karabine Carlson » (danse) ; « La Piste là » du Cirque Aïtal, sous chapiteau à Beauregard.
Jeune public. Consciente d'une forte demande, la Comédie de Caen confirme une attention aux jeunes spectateurs. Outre les Boréales, le centre dramatique se rapproche de deux compagnies régionales : le Théâtre du Champ Exquis déjà associé aux deux spectacles de marionnettes invités par le festival des cultures nordiques ; et le Théâtre du Signe qui présentera une pièce de Sylvie Robe, « Les petites absences » mise en scène par Marco Bataille-Testu. Les spectateurs en herbe pourront aussi découvrir un « Bourgeois gentilhomme » de la compagnie nantaise La Fidèle Idée, mis en scène par Guiilaume Gatteau.
Joël Pommerat. Satisfaire au désir de théâtre des parents comme des enfants, Joël Pommerat y répond. La Comédie de Caen recevra et son « Pinocchio » et « Je tremble (1) et (2) », pièce en deux volets créés en juillet 2007 et en juillet prochain au Festival d'Avignon. L'auteur et metteur en scène très en vue par la qualité de son travail est le seul de l'ère Lacascade à être repris dans la programmation de Jean Lambert-Wild.
Matthias Langhoff. Autre grande pointure du théâtre, l'Allemand Matthias Langhoff est attendu avec intérêt pour son adaptation des « Chants de Maldoror » de Lautréamont, « Dieu comme patient. Ainsi parlait Isodore Ducasse », la première création de la saison. Jean Lambert-Wild a travaillé auprès de l'ancien co-directeur du Berliner Ensemble.
Créations. A propos de créations, c'est-à-dire de spectacles en première vision, la Comédie de Caen accueille le travail du Théâtre des Furies de David et Stéphane Fauvel (ex Kie du Globe), installé à Caen. « Shakespeare de fracas et de furie » met en lumière les personnages féminins d'Othello et de Hamlet, Desdémone et Ophélie. Création encore avec « Quartett » de Heiner Müllerr avec des comédiens africains et mis en scène par un « jeune loup » de l'art dramatique ivoirien, Fargass Assandé. Pas de création en revanche de la Comédie de Caen en propre. Jean Lambert-wild se réserve pour « un grand projet en 2009-2010, avec Carolyn Carlson et Michel Onfray ».
Reprises. Tandis que « Le Malheur de Job » vit sa vie en tournée en France, cette année et l'an prochain, on verra quand même du répertoire de Jean Lambert-Wild avec « Crise de nerfs-Parlez moi d'amour », pièce créée en 2004 avec son complice de toujours, le compositeur Jean-Luc Therminarias.
Autre reprise, qui va rappeler des souvenirs aux abonnés « historiques » de la Comédie de Caen, « Arromanches ». Ce texte de Daniel Besnehard, alors dramaturge attaché au centre dramatique, a été mis en scène en 1985 par Claude Yersin. Christophe Lemaître s'en est saisi pour Jenny Bellay et Danlèle Klein, avec le soutien des Producteurs associés de Normandie, pool qui regroupe la Comédie de Caen, le Théâtre du Préau (Vire) et le Trident de Cherbourg.
Rare. Silke Mansholt est une artiste allemande, écrivain, performeuse et réalisatrice, qui réside en Grande-Bretagne.
Elle présente un solo préparé et récemment présenté à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, « Die Gehängte » (la pendue), confrontation entre une femme et son pays d'origine encore marqué par la Seconde Guerre mondiale. « C'est une poète de la scène. On la voit très peu jouer en France », souligne Jean Lambert-Wild, enthousiasmé par le talent de cette artiste intransigeante.
Xavier ALEXANDRE.
Ouest-France