Maville.com  par  Ouest-France

La prof veut rendre justice aux soldats noirs

Alice Mills, professeure de littérature anglaise à l<¤>université de Caen, aimerait un jour qu<¤>un hommage soit rendu aux ex-soldats noirs américains « avant qu<¤>ils ne soient tous morts ». <!--TAG-CHP credit-->
Alice Mills, professeure de littérature anglaise à l<¤>université de Caen, aimerait un jour qu<¤>un hommage soit rendu aux ex-soldats noirs américains « avant qu<¤>ils ne soient tous morts ».

Alice Mills, spécialiste de littérature américaine, enquête depuis près de deux ans sur la participation des Afro-Américains dans la lutte pour la Libération de la Normandie.

« Le Héros libérateur reste exclusivement un Américain blanc... Le discours public sur les soldats noirs pendant le Débarquement est relativement récent. Mais quand j'ai vu qu'il n'y avait rien de positif sur ces gens, j'ai eu envie de comprendre. » Alice Mills n'a rien d'une historienne. Mais, fin 2004, cette professeure de littérature anglaise à l'université de Caen initie ses recherches. « Avant de se pencher sur les exactions commises ou non par certains soldats américains noirs en Normandie, souligne-t-elle, il aurait été intéressant de commencer par évoquer le rôle qu'ont joué ces militaires dans la lutte pour la Libération de la Normandie. Comme on l'a fait pour les soldats américains blancs ! »

Alice Mills ne s'est pas intéressée par hasard aux soldats africains américains de la Seconde Guerre mondiale : sa thèse de fin d'études traitait de la littérature afro-américaine. Cette enseignante de 56 ans, qui agit également au sein de la Maison de la recherche en sciences humaines (MRSH), obtient un congé sabbatique pour enquêter en 2006.

Le carnet de bord de George Davison

La littéraire Alice Mills se heurte à diverses réticences et n'accède pas facilement aux documents historiques. « On m'a ouvert pour la première fois des portes, aux Archives de Saint-Lô. C'est là que j'y ai fait mes premières découvertes. » Elle s'envole vers les États-Unis, passe dix jours à Washington, fouille son centre d'archives, « une sorte de ville dans la ville où rien n'est rangé », n'hésite pas à se planter dans les quartiers noirs les plus pauvres, où pas un blanc ne met les pieds... Elle recueille aussi les témoignages d'une quarantaine de Normands ayant côtoyé les troupes noires en 1944.

Alice Mills mène un travail de fourmi, « recoupe nombre d'informations lues dans les rapports militaires américains avec d'autres documents, des articles trouvés au cours du dépouillement des journaux noirs de l'époque... », agrandit de nombreuses photos « pour trouver, comme elle le dit, des cheveux frisés ». À Cherbourg par exemple, « selon un rapport militaire américain, plus de 50 % et jusqu'à 90 % des troupes américaines sont noires après le D-Day ».

La professeure met un an « avant de retrouver dans quels bataillons se battaient les 1 800 soldats noirs qui ont débarqué le matin du 6 juin 1944 ». Elle choisit de mettre l'accent sur le 320e Bataillon anti-aérien de très basse altitude, seule troupe de combat officielle le 6 juin, entièrement composée de soldats noirs à l'exception de ses officiers dont la moitié était des blancs.

« J'ai eu la chance de retrouver aux États-Unis Bill Davison, le fils de l'un des soldats chargés des ballons captifs, sortes de montgolfières. Accrochées aux navires qui ont débarqué sur les côtes normandes, elles contraignaient les appareils ennemis à conserver une certaine altitude et à les empêcher de bombarder en piqué. » L'enseignante caennaise récupère des extraits du journal de bord et des lettres que son père, le sergent George Davison, avait écrits sur la plage d'Omaha, en 1944. « La chair et les os s'enflammaient, les corps se consumaient, il a fallu quitter l'avant de la barge et se jeter dans huit pieds d'eau vers la plage en plein dans le feu ennemi... », écrit notamment cet homme aujourd'hui décédé.

Tenace, Alice Mills poursuit ses recherches. Depuis que la célèbre université américaine Harvard l'a prise en tant que chercheur pour 2006-2007 sur ce dossier, « on n'ose plus me rire au nez ». Elle compte, à terme, sortir un livre.

Nathalie HAMON.

 
Ouest-France  
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